Ils sont trois. Ils sillonnent les rues du village. On n’entend qu’eux. Faut dire qu’ils y mettent du leur : un diato (ça, ça n’a rien d’étonnant), une grosse caisse (ça, ça l’est plus), un sax baryton -ça, ça l’est encore plus. Vous n’en avez jamais vu ? Ca vaut le coup d’œil : c’est énorme. D’ailleurs, leur musique est énorme : la percu tambourine à fond, le sax explose, brillant, puissant, et on entend, mais oui mais oui, le diato se déchaîner. En animation de rue, drôle, brillant, bruyant, vif et créatif. Un rythme d’enfer.

Ils s’appellent Tribal Jâze. Je vous les recommande.

Trop fort !Le soir, je les retrouve en bal. Avec un rythme pareil, ça va être super pour danser.
Présentation drôle. Premier morceau.
Euh…
Un mælstrom. Un tremblement de terre force 10. L’écroulement de la Baliverna. Dix Concorde décollent ensemble de Roissy et je suis juste en dessous en bout de piste. Xynthia, à côté, c’est de la rigolade. Les baffles déversent sur le parquet un tsunami, une éruption, une marée noire. J’essaye de danser, je ne sais même plus avec qui. J’essaye de tenir, de résister, de me raccrocher à la virtuosité du sax, aux fioritures du diato, parce qu’ils sont bons, fichtrement bons. Peine perdue : ils ne sont plus seuls ! Monstrueux boucan, Atlas et Axis vibrent, les molaires grincent, crampe d’estomac montante, la migraine se prépare. Un seul salut : la fuite.
Je reflue, nous refluons au bout du parquet. Dansons encore un peu, un tout petit peu. Fuyons encore. Sortons du parquet, traversons la pelouse, loin, encore plus loin. Montons les degrés du théâtre de verdure. Là, en haut, tout en haut, à deux cents mètres des baffles…ouououf. Admirable place. Chaleur d’une nuit d’août, parfums d’herbe chaude, et la brillante, l’étonnante, la superbe musique de Tribal Jâze, en concert.
Pour le bal, par contre…Il y a des courageux, des irréductibles, qui dansent, là, en bas, dans le maelstrom. Comment font-ils ? Sont-ils sourds ? Et, devant ses claviers, la silhouette noire du sonorisateur…Comment fait-il ? Et soudain, je crois comprendre : oui, il est sourd ! A force d’en prendre plein les feuilles, il est sourd, alors il en remet, alors il est encore plus sourd, alors…
Et les musiciens, au fait ? Ils supportent ? Leurs retours sont peut-être bien réglés ? Mais non, voilà qu’eux aussi demandent « un peu moins fort » !

Pitié ! Plus ! Un rêve : danser, en écoutant une musique juste assez forte pour ne pas m’empêcher de parler à mi-voix avec mes partenaires…Eh bien, c’est pas avec Tribal Jâze ainsi sonorisé que je l’aurai.
Ça allait qu’on était au moi d’août, que le parquet était ouvert de tous côtés…mais en décembre ? Venir au bal folk avec les bouchons d’oreilles ? Le casque anti-bruit ? Ou alors, un nouveau concept : le Drive-In-Concert. Tu t’installes dans les sièges confortables de ta confortable voiture, au bout, tout au bout du parking, avec ton jus de fruits préféré, ou même un grog, en décembre. Et tu règles le son et la stéréo en montant ou baissant les vitres.
Pour le Drive-in-bal, par contre, il va y avoir des problèmes, surtout pour la valse, ou le galop nantais. Un trente-huit tonnes, peut-être ?

Assez ! Assez des sonorisateurs sourds. Car, le pire, c’est que je l’ai dit en rigolant…et qu’un directeur de salle me l’a confirmé très sérieusement : oui, ils sont tous sourds !

Je note : prochain cadeau de Noël à demander : un trente-huit tonnes.

Cheveux Gris

 

 

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