FrancophagieJolie, très jolie bourrée. Jolie mélodie, bien frappée et dansante, et la voix la rythme bien. La voix, d'ailleurs, n'est pas vilaine, mais les paroles ? Tendons l'oreille :
        Eh ah ihon
 i ah han elle,
        é ah ou euh wa wa ohé.

Perplexité. Que mâchonne-t-elle ? Pas clair. Essayons de deviner :
        Le pavillon cuit la nacelle,
        Hélas pour le fruit pas mauvais.

Non, ça ne doit pas être ça.
        Ce mamelon dit à l'oreille
        Régalez-le bien à côté

Ni ça non plus. Essayons encore :
        Le carillon bruit à Marseille,
        Et la boue reluit au marché.

Sûrement pas ça !

J'ai beau essayer et réessayer, rien à faire. Ah ! J'ai trouvé ! Ça n'est tout simplement pas du français ! ...Eh bien, non : la bourrée, c'est occitan ou français, si c'était de l'occitan, j'aurais compris, ou à peu près, c'est bien un groupe français et une bourrée française... La voix mâchonne bien du français. C'est un chanteur francophage !

Des francophages, il y en a des tas comme ça: le texte est mâché, en bouillie, avalé. « Le danseur, il n'en a rien à faire du texte, il veut danser, il faut que le rythme de la danse soit en place, c'est tout !» m'a-t-on même dit en stage ! Et même certains qui ne chantent pas des chansons à danser, mais des ballades, sont tout aussi francophages : jolis arrangements, textes engloutis. Les aventures de la bergère aux champs, du brave soldat, de la marmite aux choux ou de la cabre d'or, dévorées, mangées, inaudibles.

Et la voix, la voix au joli timbre mâchonne toujours :
        Eh ah ihon  i ah han elle,
        é ah ou euh wa wa ohé.
        Le beau litron rit à la pelle,
        Et la bourrée cuite avinée !

Eh bien moi, mes bons amis, ça me gêne même pour danser ! Si tu chantes pour me faire danser, c'est pour me dire quelque chose, et en dansant je t'écoute – alors, dis-le moi clairement.

Et ce jour-là, Chloé est arrivée, Chloé, quinze ans,  voix pas travaillée, qui ne sait pas se tenir en scène, juste le rythme et une formidable envie de chanter pour les autres : tout sauf la vedette ! Et avec son filet de voix à peine posée, elle nous donne :
        Le papillon suit la chandelle ;
        Et l'amoureux suit la beauté...

...tout s'éclaire, et la bourrée nous emmène au pays de la poésie...

 

Cheveux Gris

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir