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Pourquoi "Les 4 pas de base" ? par Eric Limet


De petits pas, toujours faire de petits pas.Voilà quelques années que je lis, que j'entends cette expression. Dans l'annonce de stages, dans l'un ou l'autre livre ou article. On y affirme comme une évidence : en danse folk, il y aurait 4 pas de base, la polka, la scottish, la valse et la mazurka. Je ne sais pas d'où vient cette règle, toujours présentée comme une chose allant de soi.
Depuis la vogue du "folk" à la fin des années 60 et dans les années 70, c'est un fait que ces quelques danses de couple ont connu un succès à peu près constant. On ne sait pas si la place qu'elles occupent dans les stages et les ateliers est due à leur succès dans les bals folk, ou si c'est l'inverse. Probablement est-ce un de ces phénomènes en boucle comme il en existe tant dans notre société de consommation (on pourrait citer, entre bien d'autres, l'exemple de la musique dite "populaire", des films, des livres ou des magazines, des modes vestimentaires, voire des slogans politiques...) : ce qu'on propose acquiert du succès, donc on le propose davantage, donc cela a d'avantage de succès, etc...

Pourant ce sujet me paraît mériter quelque réflexion. Je sais d'expérience que lorqu'on suggère une réflexion sur ce genre de sujet, on s'expose à la discussion, voire à la critique (ce qui est tout à fait sain) mais parfois aussi, de la part de l'un ou l'autre lecteur, à un refus dogmatique de remettre en cause ses certitudes. Tant pis, ce ne sera pas la première fois que j'en prends le risque.

Tout d'abord, il faut se souvenir, comme le rappelait notamment Yves Guilcher, que ces danses de couple, qui furent populaires au 19ème siècle et parfois jusqu'au début du 20ème, n'ont jamais été des danses traditionnelles, autrement dit folkloriques. Elles sont d'origines diverses, elles se sont répandues dans les villes, de là elles ont souvent gagné les campagnes. Mais à l'époque où elles sont parvenues dans le monde rural, celui-ci avait déjà radicalement changé par rapport à ce qu'il était quand des danses plus anciennes ont véritablement "folklorisé", autrement dit ont été refaçonnées par le phénomène de la tradition orale (et, en l'occurrence, gestuelle), lié lui-même à l'existence de véritables sociétés paysannes traditionnelles. Parmi les danses qui se sont ainsi lentement élaborées dans et par la tradition, on peut citer (entre tant d'autres!), les andros ou laridés vannetais, les maraîchines vendéennes, les rondeaux gascons, les rigaudons dauphinois, les bourrées berrichonnes, ou ailleurs les morris dance anglaises, les kolos serbes, les horas roumaines, etc, etc...

(Est-il nécessaire de rappeler ici que distinguer clairement deux concepts n'implique aucun jugement de valeur? Oui, je crains qu'il soit nécessaire de répéter cette évidence).

D'autre part, en ce qui concerne non plus les danses mais les pas, je me demande au nom de quoi on peut décréter que les pas de polka, de scottish, de valse ou de mazurka sont davantage des "pas de base" que bien d'autres qui interviennent dans quantité de danses, tant traditionnelles que populaires. Une longue pratique de l'enseignement et de l'animation en matière de danse me conduit à ne pas admettre ce postulat.

En ce qui concerne les danses de couple, d'abord. D'où vient ce choix? Quid alors du one-step, du tango, du fox, du charleston, de la redowa, de la samba, du paso-doble, du cha-cha-cha ou du rock-and-roll, pour n'en citer que quelque-unes, et dans le désordre? Pourquoi ces quatre danses du 19ème siècle (ces quatre danses bourgeoises, oserai-je dire)? Quant aux danses traditionnelles, pourquoi ne pas décréter que le pas de bourrée à deux temps du Bas-Berry, ou celui des bourrées de Haute-Auvergne, tel le pas de rigaudon ou celui de rondeau, l'hnaterdro ou la dans-plin, le "set" ou le pas de rant anglais, le "skip-and-change" écossais, le hopsa ou le hambo scandinaves, le pas de tcherkessia, ou le "yéménite" (pour prendre ici encore quelques exemples au hasard parmi bien d'autres) sont les plus "bassiques" ?

Peut-être pour des raisons pédagogiques? Il est pourtant clair que le pas de valse ou celui de mazurka ne sont pas les plus simples à capter, ni à enseigner. Même la scottish n'est pas si élémentaire. Il n'est que d'avoir affaire, comme cela m'arrive souvent, à des danseurs ayant suivi l'un ou l'autre stage où ils sont censés avoir appris l'un ou l'autre de ces pas pour s'en convaincre : beaucoup de danseurs débutants ont de la peine à les maîtriser (ce dont, en général, ils ne se rendent pas compte eux-mêmes, tandis que souvent leur pauvre partenaire en souffre...)

Mon expérience est que les pas vraiment simples, comme les pas marché, couru, sautillé, sauté, le galot latéral, etc... gagneraient à être travaillés dans tout stage "premiers pas". (Travaillés, selon moi, non point par des exercices fastidieux, mais au travers de la pratique de danses simples qui en font usage). Ou encore que la véritable base de quantité de pas utilisés dans toutes les danses européennes est constituée par le "simple" et le "double" hérités de la Renaissance : non seulement l'hanterdro et l'andro (où la filiation est évidente), mais polka, scottish, etc... ainsi que bien des pas utilisés dans des danses roumaines, serbes, etc... sans compter le "double" et le "single" de Playford.
Pour en venir à ce qui, à mes yeux, devrait être la base de la formation des danseurs, il ne faut évidemment pas se limiter à l'apprentissage de pas. Certes, apprendre à danser scottish, valse ou mazurka (ou toute autre danse pour "couple fermé", comme tango ou le rock-and-roll) contribue à apporter au danseur une attitude fondamentale : celle de s'adapter à son partenaire.

Mais pour bien danser les danses "collectives" que sont la plupart des danses traditionnelles, il y a bien d'autres attitudes fondamentales à acquérir. Encore une fois, l'expérience est ici probante. Par exemple, combien peu de danseurs ayant suivi l'un ou l'autre stage savent danser convenablement en cercle, chose qui paraît pourtant toute simple? Trop souvent les danseurs ne tiennent pas compte de leurs voisins, les mains se lèvent ou s'abaissent inconsciemment en fonction des tensions des uns et des autres, etc... Les mains, parlons-en! Que de mains molles, que de poignes qui se veulent viriles mais qui ne sont que violentes...

Tout cela se retrouve, bien entendu, dans d'autres formations et figures : des tours de mains et des moulinets avachis, des danses en colonne où les lignes avancent soit en ondulant, soit au pas militaire. Former une arche ou passer dessous entraîne tant de mouvements adjacents inutiles et disgracieux. Dans une Grande chaîne, certains danseurs se montrent incapables de "zigzaguer" ou de "slalomer", s'évertuant à passer toujours à l'intérieur ou toujours à l'extérieur. Ils partent dans la mauvaise direction (SAM au lieu de SCAM ou inversément) sans s'apercevoir que, garçons supposés rencontrer des filles, ils rencontrent... des garçons. Danser un "huit"? Combien s'y perdent faute de "dessiner" leur mouvement, de faire de larges boucles (et non un mouvement étriqué), de sentir au lieu de raisonner. Dans une chaîne des dames ou une chaîne anglaise, combien de garçons, supposés guider la fille dans ce qu'on appelle le "tour de courtoisie", sont-ils au contraire à sa remorque? Quant à la gauche et à la droite, n'en parlons pas. Il est toujours édifiant de demander à tous les danseurs d'un cercle de faire un petit tour sur eux-mêmes à droite. La moitiè tournent à gauche. Que font-ils quand ils roulent à vélo ou en voiture? Un autre problème, évidemment, est celui du respect des phrases musicales (apprendre à danser en comptant les pas n'y aide guère...), de la propreté des "attaques" sur la première note d'une phrase et de la nécessité, pour cela, d'arrêter la figure précédente avant la fin de la phrase, etc...
Plus généralement, ce qui manque souvent aux danseurs, c'est d'une part une conscience de l'espace disponible, de leur place dans cet espace, de leur rapport aux autres, de la relation espace-temps. Et d'autre part une capacité d'avoir des mouvements à la fois pleins et sobres (sans quoi toute "broderie", voire toute fantaisie, n'est que caricature).

Je ne dis pas tout cela, bien entendu, pour me moquer des danseurs. Quant on anime une soirée pour débutants, il faut s'attendre à rencontrer toutes ces imperfections, qui n'ont rien de grave en soi : en toutes choses, n'en déplaise à tant de professeurs, c'est en faisant des "fautes" que l'on progresse.
Mais quant on a affaire à des danseurs ayant déjà suivi un ou plusieurs stages, on se dit que tout cela devrait faire partie d'un apprentissage de base au moins aussi important que celui du pas de mazurka (un pas, soit ditpar parenthèse, que pour ma part je trouve très jouissif, surtout quand on ne se limite pas à la sempiternelle séquence 2 pas de mazurka + 2 pas de valse).

Voilà. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais je m'en tiendrai là.

Eric Limet , février 2004

Site source : Vitrifolk
Merci à Eric Limet pour son autorisation de publier ce texte ici.

 

Commentaires   

 
0 #1 bribri du sud 06-02-2014 06:54
Que voilà un article qui n'a pas pris une ride malgré ses 10 ans d'âge. Au delà du fait que les gens changent dans la danse, de nouvelles générations apparaissent et c'est normal, il faut que cela continue......m ais tous n'ont pas automatiquement "intégré" le respect de l'environnement et de ses voisins "de danse". Un exemple" frappant" et le mot est bien choisi : l'exercice très périlleux aujourd'hui de la bourrée à 3 temps à deux ! On y prend plus de coups et on y perd quelquefois son ou sa partenaire, tant les voisins viennent empiéter sur la portion congrue d'espace qui nous reste. Mais c'est un signe des temps ..... Le chacun pour soi semble gagner certains lieux et c'est dommage. Continuons donc à défendre les valeurs de partage, et de respect des autres, aussi sur un parquet de danse !
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