Cavalier, mon unique !

Avec qui danser ? 

Regardez-les : vous les connaissez bien. Dans tous les bals, pas de surprise : Héloïse danse avec Abélard, Tristan avec Iseut, Philémon avec Baucis, Rodrigue avec Chimène, et même Jean-Paul (Sartre) avec Simone (de Beauvoir). Ric, rac, toujours. Scotchés, collés, indéchirables. Ils dansent fort bien d’ailleurs.

Danse de coupleJe les comprends, moi aussi, danser avec l’homme de ma vie, j’adore. Je le connais, il me connaît, pas de mauvaises surprise, les pieds tombent au bon endroit, je ne risque pas de lui écraser les orteils, ni lui les miens. Ses fantaisies s’accordent aux miennes. C’est le jeu de roi, la grande joie des corps accordés.

Et nous y voilà : c’est tellement connu, si figé, que personne n’invite ni Héloïse, ni Baucis, ni Chimène, ni Simone, ni Iseut. Ni Tristan, ni Jean-Paul, ni Abélard, ni Rodrigue, ni Philémon. (Ils n’invitent personne non plus, d’ailleurs.) Ni moi, ni mon mien à moi, on ne nous invite pas.

Oui, mais voilà : il y a de meilleurs danseurs, ceux que je vois furtivement passer au détour d’un cercle ou d’une chapelloise. Moi, j’aimerais bien les essayer. D’ailleurs, il y a aussi de bien meilleures danseuses que moi. Et lui, aussi, il aimerait bien. Meilleurs, ou simplement différents : qui posent autrement le pied, qui mettent la main plus haut, qui dansent « plus grand » ou « plus léger ». Que de gestes à découvrir ! Que de richesses cachées !

Eh bien, pour y avoir droit, il faut venir seul !!! On n’invite que les solitaires !

Peur de risquer l’inconnu…Survivance du temps où le bal était l’unique occasion de rencontre et de formation des couples : le grand marché du mariage ! Le couple formé, on n’y touchait plus.

Tout ça, c’est carrément obsolète, mes amis. A nous y conformer, nous perdons tous ! A prendre le risque, nous gagnons tant : et voilà : Héloïse tente la valse avec Tristan, qui contrevalse, Philémon entraîne Iseut dans des figures de scottish dont elle n’avait pas idée, Jean-Paul (Sartre) découvre que dans les bras de Baucis la polka est fluide, Abélard fait glisser (et non sauter) la mazurka à Chimène, et Rodrigue n’a jamais si bien dansé le rondeau qu’avec Simone.

Foin des habitudes : changeons de cavalier, de cavalière, souvent, toujours, nous danserons tous mieux.

Bon, c’est vrai, danser avec quelqu’un, c’est un peu faire l’amour avec lui. Mais si chastement...

Cheveux Gris

 

 


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