Fin de bal. Une dernière valse. Elle est belle, dansante, tournoyante, une jolie valse traditionnelle pour finir en beauté. Elle est longue, longue, longue. Si longue qu’un couple s’arrête, peut-être ivre d’une si belle valse, peut-être las après un si beau bal. Puis un autre, un autre. Peu à peu, tous s’arrêtent. Et la valse continue.

Il ne reste qu’un couple qui valse, valse, valse. Elle le tient par le cou, il la tient par la taille, ils valsent, valsent, valsent. Tenue élégante et claire, les yeux dans les yeux, ils se sourient, ils valsent. Et le groupe continue à jouer, à jouer, pour eux, pour eux seuls qui tournent encore, encore, et encore.

Ils n’ont rien vu, ils ne regardent que chacun les yeux de l’autre. Ils ne voient pas que toutes les danseuses et tous les danseurs, arrêtés tout autour de la salle, les regardent. Ils n’entendent pas que toutes les conversations se sont tues, ils n’entendent que la musique qui les fait tourner, si bellement, si amoureusement. Ils valsent, et la valse est si belle.

C’est au bout d’un très long temps que le groupe, enfin, s’arrête. Ils s’arrêtent, un peu titubant, éblouis. Là seulement ils saisissent les regards posés sur eux, les sourires des musiciens. Ils comprennent. Ils rougissent un peu, heureux, si heureux.

Les musiciens leur ont fait le magnifique cadeau d’une valse à leur mesure. Mais quel cadeau ils ont reçu en retour : devenir, par leur musique, les magiciens qui transportent les amants hors du temps.

 

Cheveux gris

 

 

c52 valse
Valse
de Chantal LE MESLE

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