La gavotte est sans conteste l'un des piliers les plus anciens et les plus profonds du patrimoine dansé de la Basse-Bretagne, héritière directe des branles double de la Renaissance. Pourtant, derrière ce nom unique se cache en réalité une immense famille de danses. Dès que l'on se déplace de quelques kilomètres en Bretagne, le pas se transforme, le rythme se décale et la gestuelle change : de la très athlétique gavotte Pourlet aux pas virtuoses du Dañs Fisel, il existe des dizaines de variantes locales.
Si le répertoire traditionnel est d'une richesse infinie, le monde du bal folk a plus particulièrement adopté deux géantes de cette famille, qui brillent par leur contraste saisissant. Nous vous proposons de détailler ici ces deux visages de la gavotte :
La gavotte se danse traditionnellement en chaîne (ouverte ou fermée). Les danseurs se tiennent par le bras (l'homme passe souvent son bras droit par-dessus le bras gauche de sa voisine).
Danse populaire française, la gavotte fut sans doute, à l'origine, une danse pastorale. De la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, elle est une danse de cour très prisée en France. Elle est dérivéedes branles de la Renaissance. Alors que la gavotte baroque se pavanait dans les cours royales avec complexité, la version populaire bretonne a conservé son caractère communautaire et vigoureux.
La gavotte est aussi une forme musicale que l'on retrouve dans les œuvres de nombreux compositeurs tels que Bach, Lully, Rameau, Gretry, Haendel, Mozart... mais encore chez certains compositeurs du XXe siècle.
Le terme "Gavotte" est en réalité un mot "chapeau" qui cache une incroyable diversité de styles locaux (terroirs) :
Les styles peuvent être très différents d'un terroir à l'autre, se dansant parfois sur place ou au contraire « allongé », c'est-à-dire avec une progression importante, et parfois encore de façon rebondissante. Aujourd'hui, certaines gavottes (celle de l'Aven, par exemple) ont adopté le déplacement en couple. Les groupes et sonneurs bretons ont souvent des gavottes à leur répertoire: ils les jouent en couple biniou et bombarde, en groupes de fest-noz, en bagad, ou encore ils les chantent en kan ha diskan ou en chants à répons.
La gavotte peut être jouée en danse unique mais elle se danse souvent en suite.
En bal, la gavotte ne se danse pas d’un seul bloc, comme la gavotte des montagnes. Elle peut suivre une structure en trois parties, appelée suite :
Si la gavotte des montagnes incarne l’énergie brute et la transe du centre de la Bretagne, la version de l'Aven se distingue par sa fluidité, sa douceur et une grande élégance. Danse de communauté qui se pratique en courtes chaînes de 4 à 5 danseurs (ou en rondes) progressant dans le sens horaire, elle offre un moment de connexion suspendu. Très populaire en bal folk sous une forme moderne ralentie, elle invite à une écoute fine entre les partenaires.
Les Pas de Base (en 8 temps)
Une confusion fréquente entoure le nom de cette danse sur les parquets. On l'entend parfois appeler « Gavotte de Grenoble » ou « Gavotte Caresse », ce qui laisse faussement penser qu'elle n'est pas d'origine bretonne.
Une danse 100 % bretonne : La gavotte de l'Aven est une danse patrimoniale centenaire, née dans le Finistère Sud (autour de Pont-Aven). En Fest-Noz, elle est traditionnellement dansée sur un tempo dynamique et plutôt vif.
Le détournement par le groupe Djal : En 2003, le groupe de musique folk Djal, basé près de Grenoble, s'est inspiré de ce rythme breton pour composer le morceau mythique Ivoirine. Ils ont fait le choix artistique de ralentir drastiquement le tempo pour créer une ambiance feutrée et enveloppante.
Le style "Caresse" : En entendant cette version ultra-lente, les danseurs de bal folk ont conservé la structure exacte des pas bretons, mais en les étirant et en accentuant la suspension du temps 8 de manière langoureuse.
Note : Dire « Gavotte de l'Aven » fait référence aux racines techniques créées en Bretagne. Dire « Gavotte de Grenoble » désigne spécifiquement cette variante contemporaine et ralentie par la scène folk sous l'influence des musiciens dauphinois.
La souplesse avant tout : dans sa version ralentie, évitez absolument de sautiller. Les genoux doivent rester souples et le pas glissé au sol.
La taille des chaînes : Ne formez pas de chaînes trop longues. Des lignes de 4 ou 5 personnes maximum permettent de garder la flexibilité nécessaire pour épouser les suspensions de la musique sans briser la ligne.