Les Chum's
Marie Schoenbock au chant, Joseph Schneider au bodhran, Serge Macri à la guitare

Ils sont cinq copains les Chum’s et s'entendent comme les cinq doigts de la main, pour jouer, en tout cas. Leur formation à chacun est différente : l'un vient du classique, l'autre du jazz, le troisième a étudié les percussions africaines, mais une même passion les lie : la musique irlandaise. Leur renommée est telle qu'ils ont assuré cinquante concerts l'an passé, dont un à Lutterbach. Ce ne sont donc pas des inconnus que le public des Renc'Arts organisés régulièrement à la brasserie a entendu en ce mois consacré à l'Irlande ils ont quant même réservé une surprise à l'assistance : Véronique, violoniste d'accompagnement, est venue grossir le groupe, limité à quatre jusqu'à récemment. Leurs formations variées laissent percevoir des influences de salsa, bossa-nova, jazz, musique afro, dans les airs traditionnels celles qu'égrènent les cinq compères. Les instruments eux-mêmes sont très personnels : la guitare sèche est... électrifiée, tout comme le violon, tout comme la flûte est amplifiée. De temps en temps, on se saisit aussi du borham, sorte de tambour folklorique.

Improvisation

La composition, l'orchestration et les arrangements sont le domaine de Serge Macri. « Je n'ai pas la prétention d'être un super guitariste, donc il faut bien que je me vende avec autre chose », plaisante-t-il. Pour chaque morceau, une place importante est réservée à l'improvisation. À tel point que pour les Chum’s, le mot répétition n'existe pas. « On se connaît tellement bien qu'on n'en a pas besoin. On mange ensemble, on boit ensemble, on se téléphone beaucoup, mais on ne répète jamais », explique le chanteur-guitariste. Pour Marie Schoenbock, la jeune chanteuse qui a rejoint le groupe il y a peu, c'est un changement complet : « J'avais l'habitude de chanter en chorale, avec une répétition chaque semaine et un concert à la fin de l'année. Avec les Chum’s, il y a une grande part de hasard et de spontanéité. Ça m'amuse énormément ».

Les Chum's côté scène

Après leur premier CD « Irish Wave » en 1998, les Chum’s viennent d'enregistrer leur nouvel album en public à Illfurth. Sortie programmée en janvier 2002. Entre improvisation, influences irlandaises et musique world. Les Chum’s ont enregistré leur deuxième album en public, sur la scène de la Maison des OEuvres, à Illfurth.

De bars en pubs

Musique irlandaise sur sons rock. Nous sommes en 1978. Ce sont les débuts du trio de base, Christian Hoffstetter, Serge Macri et Joseph Schneider, qui formera quelques années plus tard les Chum’s. Le groupe s'appelait alors Geissavolk. 1983. L'Irlande fait place à la musique afro-orientale et latine d'Orient-Blues. Thierry Meneghello, le percussionniste, rejoint la nouvelle formation. « C'était un mélange de musiques d'orient et d'occident, les prémices de la World », raconte Serge. La vague celtique revient dans les années 1995. Les Chum’s sont là. « On a repris à trois, en repartant sur le même répertoire », poursuit Joseph. « Premiers concerts au bar O'Neil à Mulhouse, et ça ne s'est plus arrêté. » Au compteur des Chum’s : 300 dates depuis la création du groupe. Des pubs à la fête du cheval, aux soirées irlandaises dans les bars en passant par le lancement de la nouvelle bière « Kro ». Mutzig, Montpellier, des festivals en Suisse ou Babel à Strasbourg. Delémont, la fête régionale de Neuchâtel, ou des grandes fêtes pas forcément typées world. Les Chum’s sont partout. Même en Irlande. « On est allé là-bas cet été. On a joué tous les soirs dans les pubs. Les Irlandais sont friands d'entendre ce qu'on fait de leur musique. » Été 2000. Les Chum’s jouent en première partie de Tri Yann à la foire aux vins de Colmar. Gros succès raconte Serge Macri : « À la fin les gens gueulaient Chum’s ». Retour aux sources, le mois dernier, avec l'enregistrement live de leur deuxième album à la Maison des OEuvres d'Illfurth. Sur scène, les quatre Chum’s et une voix de cristal, celle de Marie Schoenbock, la p'tite dernière.

Sans étiquette 

Même s'ils revendiquent une inspiration puisée dans le répertoire traditionnel irlandais, les Chum’s refusent d'être catalogués « folkeux ». « On n'a jamais fait partie du mouvement folk », insiste Joseph Schneider, dont la jeunesse aurait plutôt été bercée par la pop progressive des années 70. Foin de pulls troués à l'odeur de chèvre et de godillots crottés… Sur scène, Serge Macri arbore des chaussures de chantier d'un blanc immaculé : « Dans le milieu folk on dérangeait, à cause de notre arrière-son rock. En fait, il y a 25 ans, on avait déjà un esprit world », affirme le guitariste-chanteur. Loin de s'enfermer dans une « celtitude » à la mode, les Chum’s parviennent à créer une musique riche et variée, avec la tradition irlandaise comme catalyseur des goûts, des expériences et des parcours musicaux de chacun. Les influences afro-orientale, latino, blues, flamenco, rock, pop, se côtoient et s'entremêlent au fil des morceaux. « En une seule chanson, on peut faire le tour du monde », confie Serge Macri. « Cette richesse musicale nous permet de jouer partout, dans tous les milieux », renchérit Joseph Schneider. Et Christian Hoffstetter de conclure : « La musique, c'est mieux que les mots, c'est notre meilleur passeport ».

Feeling 

Belfort. Un 2 janvier. « On a joué dans un foyer d'émigrés », raconte Serge Macri. « C'était des vieux mecs au bout du rouleau, on est parti sur un rythme, c'est devenu du flamenco, les mecs se sont éclatés… On s'adapte au public, il n'y a pas deux publics pareils, on obtient alors de petites perles. » S'ils improvisent souvent, ou plutôt tout le temps, c'est aussi parce qu'ils savent écouter. S'écouter jouer et vibrer avec le public. « On travaille sur les émotions », explique Serge Macri. Bref chaque concert est unique et différent. Des groupes réglés comme un métronome, qui jouent, bougent, racontent leur vie sur scène à la virgule près, à chaque nouveau concert, les Chum’s en sont aux antipodes. « C'est grâce au public, et à l'écoute qu'on a de lui », poursuit Joseph Schneider. « On prend le temps d'être nous-même et ensuite on s'ouvre. L'ouverture est une richesse. On est toujours à l'écoute de ce qui pourrait remonter du public, on ne peut pas tricher sur scène. » Du feeling, tout simplement. Fraîchement arrivée, Marie Schnoenbock s'est fondue dans cette osmose : « Je me plais sur scène, je me sens bien ». Et le mec d'à côté ? C'est Serge Macri comme il aime à le raconter. « Je donne le meilleur pour elle et par elle. La relation musicale est la plus importante sur scène. J'étais le side-man d'un flûtiste, d'un violoniste et maintenant d'une voix. » Après leur premier CD sorti il y a quelques années, les Chum’s seront de retour dans les bacs avec un nouvel album dont la sortie est programmée pour janvier prochain. Pas question d'un enregistrement entre quatre murs, les yeux dans les yeux : « On est fort en public, mais pas forcément en studio », confie Serge Macri. C'est donc sur la petite scène de la Maison des OEuvres d'Illfurth que nos cinq comparses ont enflammé le public pour trois heures d'enregistrement.

Autodidactes 

Pas de premier prix de conservatoire ni de distinction dans les grands concours internationaux. Aucun palmarès, seulement la fierté d'être de vrais autodidactes. Les Chum’s ont appris à jouer par amour de la musique, tout simplement. Christian Hoffstetter a commencé par la flûte à bec à l'école, comme tout le monde. Mais à la différence de la plupart d'entre nous, il est « resté scotché ». La clarinette au sein d'une harmonie, la découverte de la musique irlandaise et de la flûte traversière traditionnelle en ébène, et la rencontre avec Serge Macri. La suite, on la connaît… Seul dans sa cuisine, Joseph Schneider apprenait, lui, le violon et l'accordéon. « J'avais revendu tout mon matériel électronique pour constituer un ménage, et j'avais finalement fait un choix entre le basket et la pop. » Au milieu des années 70, l'ex-petit chanteur à la croix de bois oublie donc ses ambitions sportives et vend son âme à la musique. Sans prendre aucun cours, il a aussi appris à jouer du bodhran (tambour irlandais), et compte se mettre bientôt à la cornemuse irlandaise. Touche-à-tout infatigable, Serge Macri confesse une petite formation classique à la guitare, évoque la composition de quelques musiques de films, reconnaît l'écriture de plusieurs chansons, avoue beaucoup d'arrangements… Peu avare de paroles, il aime aussi s'exprimer parfois seulement avec les notes : « Sur scène, je ne sais pas quoi dire entre les morceaux. Je suis sur un nuage ». Comme le hasard fait bien les choses, Thierry Meneghello découvre le rock à 15 ans, commence les percussions parce qu'il n'a pas les moyens de s'offrir une batterie, et finit un jour par croiser la route de Serge Macri, avec dans ses bagages une forte influence latine, glanée notamment au fil d'une tournée de trois mois avec un cirque au Pérou. Last but not least : la dernière à avoir rejoint les Chum’s est loin d'être une pièce rapportée. Marie Schoenbock a une formation de chant classique, mais elle semble être née pour chanter des ballades irlandaises. Et la collaboration avec les quatre compères musiciens n'est apparemment pas pour lui déplaire : « Une complicité très plaisante s'est installée entre nous, même s'ils ont le double de mon âge ». « Le double d'expérience ! » s'empressent-ils de corriger.

 

Article de l'Alsace, 30 décembre 2001
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